C’était le thème que j’avais pensé donner à mon année en septembre : assumer mon hétérosexualité. Pour d’abord montrer que la chose n’allait pas de soi. Que je ne me sentais pas à l’aise dans ces valeurs imposées. Parce que je m’étais toujours senti jaloux des homosexuels qui n’avaient d’une certaine manière rien à prouver en matière de virilité. Qui, parce qu’ils avaient déjà quelque chose de lourd à porter, se sentaient déchargés du poids de la condition masculine et de toute sa perpétuation. D’autres part pour montrer que j’étais aussi capable de regarder le cul d’un mec et tomber amoureux d’une femme dans la même journée. Et que l’inverse n’était pas vrai pour autant.

L’occasion ne se présente pas tous les jours et je chéris les nuits comme celles que je suis en train de vivre. D’autant plus quand l’alcool m’aide à avoir le courage de rédiger ces quelques lignes (et de les mettre en ligne). C’est d’ailleurs un mal bien familier, chez les écrivains que l’alcool. Combien ne sont pas devenus des loques par leur dépendance à la boisson. Mais auraient-ils seulement produit le quart de leur génie sans drogue pour les désinhiber. Autrement dit, ça fout la trouille. Bref, ce soir, sans que ce soit prévu depuis longtemps, je me retrouve à aller picoler avec des copains. On part de chez moi à 23h30 et finalement on ne sera que des gars. La house dans la voiture me donne le ton. Pierre, s’il te plait ce soir, ne cite pas Kundera et écoute plutôt la ligne de basse sur le remix de David Guetta. D’accord, profitons-en, ça nous changera les idées. Et j’avoue que ça marche. Retrouvés bientôt à 5 gars, j’avoue même que je ne me sens pas mal quand la discussion vire voitures et que le chauffeur sort son écran LCD pour nous montrer un clip. Souvenir d’enfance qui remonte brutalement. Le clip est un des plus misogynes que j’ai jamais connu, il me choquait profondément quand j’étais préado. La première réaction que j’ai maintenant est de me dire que c’est bête, je suis passé à côté de la musique. Oui, c’est agressif, mais c’est surtout accrocheur et finalement assez plaisant. Ca donne envie de faire la fête. C’est de la dance, sans préjugé d’aucune sorte. Le clip montre des chanteurs exhiber des tonnes de filles en bikinis, les autres mecs font des commentaires sur les filles, moi j’avoue que c’est l’ensemble, le sens du montage qui me fait admirer ce genre de vidéo. On y trouve tous notre compte finalement.

On va dans un bar et l’alcool vient faire disparaître les derniers soupçons de dépression dans mon esprit. Les discussions tournent autour de voiture, toujours, mais ça ne me dérange pas. L’un des gars me dit que la prochaine fois qu’il fout ses mains sous un capot il m’invite pour m’apprendre. Ca sent le sous-entendu mais je suis d’accord. J’ai toujours eu honte de ne pas m’y connaître en mécanique. Assumer son hétérosexualité, ce n’est pas seulement se dire qu’on préfère Keats au cambouis, c’est aussi se sentir une affinité avec ceux qui sentent le cambouis. J’avoue que c’est le cas. Même quand la conversation se détourne sur les filles. Elle, je la prends, elle, je la prends, elle je la prends… Oui… d’accord. Je me mets à me poser des questions sur leurs rapports aux femmes. Une question qui m’a toujours taraudé, un mystère qui reste encore entier même maintenant. C’est-à-dire qu’ils fantasment toujours sur des femmes idéales, comme si le physique était la seule chose qui comptait. Et le moment de la passe aussi. Pour bien les connaître, surtout le plus bavard des quatre, je sais pourtant que le discours se différencie des actes, et qu’ils sauront faire preuve de romantisme le moment venu. Voir même d’aimer une fille qui sans être moche n’est pas dans le haut du panier qu’ils semblent regarder ce soir et ne pas songer une seule seconde à la tromper. Mais alors pourquoi, au moins dans leur discours, une différence entre le fond et la forme ? Celle qu’on aime et celle qu’on baise ? Moi je ne suis pas comme ça pourtant…

Enfin, moi…. Facile à dire. J’ai cru pendant très longtemps que lorsque je trouverai la femme de ma vie, les autres femmes n’auraient plus d’attrait à mes yeux. Et pourtant, même maintenant, follement amoureux comme je suis, et heureux en couple (arghhh j’avais pourtant décidé de ne jamais aborder ma situation sur ce blog), je continue pourtant de regarder les filles. Donc moi-même je fais une différence entre les filles qui m’attirent et celle que j’aime. Pourtant celle que j’aime m’attire. Plus que les autres…. Comme c’est compliqué !

Après m’être avalé un bon litre de bière, je repars avec eux, encore plus heureux de passer cette folle soirée débordante de testostérone. Dans la voiture on roule direction les Champs Elysée. C’est beau. C’est magnifique. Les éclairages, les filles qui sortent de boite et qui hèlent un taxi, nous qui tournons pendant 5 minutes autour de l’Arc de Triomphe. Grandiose. On continue jusqu’à Trocadéro et je ne suis pas le dernier dans les blagues potaches.
D’ailleurs j’ai l’air de faire mon malin derrière mes jolies phrases, mais il ne faut pas s’imaginer que je me sente supérieur. Je suis capable des mêmes commentaires grivois. Pourquoi les routiers militent pour un 13ème mois ? Pour avoir une 13ème fille dans leur calendrier, haha (Qui a dit que Carlos était mort ?)…

Quand on rentre, on propose de revoir le clip du début. J’acquiesce avec plaisir, sentant trouver, avec la quantité de sang qui circule dans mon alcool, quelque chose d’hypnotisant dans toute cette graisse de fessier gigotante. Et puis finalement non. Le clip se lance mais je ne le regarde pas, trop fasciné par les lumières de Paris. Sur tout le chemin du retour, la house continue mais je contemple la splendeur des ponts de Paname la nuit. On se rapproche de la maison, change de radio et finit par tomber sur Obispo…. Et de tous chanter à tue-tête… C’est pas marqué dans les liiivres… le temps qu’ils nous reste à vivre… c’est de vivre au jour le jour, le temps c’est de l’amour. Ne réduisons jamais les hommes à des clichés. Être un homme c’est une mécanique difficile. Une mécanique de précision.

Subtile.

Fragile.

Précieuse.